Affaiblie par la baisse de la pratique religieuse, la raréfaction des vocations et l’effacement institutionnel, la ‘barque de l’Eglise’ semble prendre l’eau de toutes parts. Comment garder la foi face à cette véritable « implosion » du christianisme dans nos sociétés occidentales européennes où les forces mortifères se conjuguent pour décrédibiliser la Tradition chrétienne que la culture ambiante démantèle méthodiquement ? La Tradition chrétienne paraît dépassée ou déconsidérée par les transformations actuelles. Cette déconsidération soutenue par une ignorance du ‘fait religieux’ et l’affaissement de notre héritage culturel judéo-chrétien entraînent un effacement rapide du christianisme dans notre société française. Je reconnais que ce recul du christianisme est de temps en temps difficile à supporter d’autant que nous pouvons nous sentir marginalisés, presque sortis de la culture d’aujourd’hui. 

Avec la mort de Jésus, tout semblait perdu ; en réalité tout a commencé.

Je comprends dès lors que cet affaiblissement significatif du christianisme dans notre civilisation judéo-chrétienne peut amener à une perte de confiance et la question du sens peut être légitiment posée : vers où allons-nous ? Pourtant, avec la mort de Jésus, tout semblait perdu ; en réalité tout a commencé. En fait, il est important de ne pas confondre les réussites humaines et le plan de Dieu. On croit souvent que si nous cherchons à accomplir quotidiennement ‘la volonté du Seigneur’, tout devrait logiquement bien fonctionner. C’est d’ailleurs la réaction du disciple Pierre qui ne comprend toujours pas pourquoi Jésus annonce sa mort et son échec alors que Jésus témoigne par des signes qu’il est bien le Fils de Dieu. L’idée de l’échec paraît donc insupportable surtout lorsque l’on « travaille pour le Seigneur ». J’aime savoir que l’espérance en Dieu par Jésus nous invite à aller au-delà de nos échecs personnels et des triomphes mondains jusqu’à accueillir ce monde tel qu’il est réellement à aimer, en Dieu. Car, du lavement des pieds à la croix de Jésus, il convient de revenir à l’essentiel, à savoir l’amour de Dieu pour chacun de nous. Un amour qui nous rejoint en l’extrême de la violence injustement subie sur la croix et difficilement compréhensible. 

Le royaume de Dieu ne se confond pas avec une approche identitaire de la foi chrétienne.

En fait, il s’agit de sortir du déni pour que tout reste possible dans la foi. Plus que l’optimisme qui tend à penser que les choses iront mieux naturellement demain, l’espérance en Jésus Christ nous donne de recevoir une force de présence et d’amour dans tout ce que l’on vit dès maintenant. Comme chrétiens, nous ne sommes pas comptables de l’identité chrétienne de notre pays. Nous ne sommes pas les « gardiens de musée » de nos racines chrétiennes parce que le royaume de Dieu ne se confond pas avec une approche identitaire de la foi chrétienne. Essayons de rendre plutôt palpable le royaume de Dieu par notre manière de vivre, d’espérer et d’aimer autour de nous ! Et les sacrements de l’Eglise se présentent comme une aide précieuse qui fait grandir pleinement notre vie de foi en dépit de nos préoccupations ou déceptions quotidiennes. Ils nous resituent dans l’espérance à travers laquelle la présence de l’Amour de Dieu demeure essentielle pour traverser nos multiples combats et souffrances humaines.

Osons dire, d’ores et déjà, que Dieu en Jésus Christ ne reste pas enseveli dans les souvenirs du passé. Il est le Dieu du présent, on le cherche dans l’aujourd’hui. Ce regard de foi demande à se confronter avec courage à la réalité du monde qui peut nous surprendre et nous faire mal. Mais nous savons bien que le réel nous échappe quelque peu, et c’est pourquoi il nous surprend. L’espérance du Salut en Jésus Christ s’entrevoit dans cette surprise par laquelle l’Amour de Dieu fait irruption dans ce monde complexe marqué par le péché, l’échec et la mort. A vue humaine, tout est perdu, et là précisément, à travers cet échec de la croix, l’Amour du Christ Jésus, dans la fidélité à son Père, en fait un lieu de Salut. 

L’enjeu du Salut est de se recentrer dès aujourd’hui sur ce qui ne passera jamais : l’Amour en Dieu.

Le Salut en Jésus Christ est de savoir que le Seigneur demeure toujours avec nous, quelles que soient nos situations humaines. Le Salut est la vie avec Dieu, ce compagnonnage en sa présence aimante. Il ouvre la vie éternelle parce que la vie même de Dieu s’expérimente déjà en nous. La vie éternelle n’est pas la vie après la mort, mais plutôt l’expérience d’une vie profonde, épanouissante, spirituelle en Dieu. Dans notre foi en Jésus Christ, nous pouvons espérer que ce que nous vivons, à travers nos actes et nos relations humaines peut en partie se continuer en Dieu. Et au-delà des accessoires et distractions, l’enjeu du Salut est de se recentrer dès aujourd’hui sur ce qui ne passera jamais : l’Amour en Dieu. 

Devant le malheur ou les épreuves qui nous atteignent, l’Espérance se différencie de ‘l’illusion consolatrice’. Elle s’ancre dans la vie réelle et l’alliance en Dieu ce qui donne une raison d’être et d’agir avec Foi, et Amour. Même si la présence chrétienne devient minoritaire et effacée dans notre société, la vie éternelle pour les chrétiens engagés est d’entrer avec Foi dans un agir par Amour du Christ. Et dans cette vie chrétienne, au milieu de ce monde devenu indifférent au fait religieux, qu’est-ce que l’on va chercher à privilégier ? Ce qui dure avec authenticité avec le Christ ou ce qui brille momentanément dans le prestige ? 

En tous les cas, l’affaiblissement de l’Eglise n’efface nullement cette part d’Espérance offerte par le Christ Jésus en chaque chrétien qui vit dès maintenant avec Lui : « À vous, d’en être les témoins ! » (Luc 24, 48)

Père Claude Hardy


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