
« Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8b) Cette phrase qui vient conclure la parabole de la veuve persévérante en St Luc illustre la foi de cette femme à obtenir justice auprès d’un juge réputé pourtant injuste. Elle est un appel à persévérer dans la prière et j’oserai dire aussi, dans la prière fraternelle et communautaire. Au moment où la fête de la Toussaint oriente notre regard vers la vie et le bonheur des bienheureux de tous temps et de tous lieus, connus et inconnus, et offre à notre méditation, en cette fin d’année liturgique, la perspective du jugement dernier qui marquera l’avènement de la « bienheureuse espérance »[1] le retour du Christ dans la gloire, il est bon de s’interroger sur l’état de santé de notre foi et de nos communautés lors de cet avènement.
Tandis que nous construisons la grande paroisse du Bocage, l’expérience missionnaire de saint Pierre Maubant en Corée, né à Vassy le 20 septembre 1803, peut nous y encourager, d’autant plus que la perspective des JMJ annoncées pour 2027 en Corée du Sud mobilisera notre attention sur nos liens avec ce petit pays à travers ce saint normand. La question de l’expérience de celui qui n’aura vécu que 3 ans sur la terre de Corée avant son martyr le 21 septembre 1939 est la suivante : « Qu’a-t-il découvert à son arrivée en Corée ? » La réponse est simple, mais mérite d’être méditée en rapport avec notre contexte actuel post-chrétien. Pierre Maubant a découvert des communautés de chrétiens pauvres et appauvris par les persécutions qui n’ont jamais cessé depuis l’entrée de la foi chrétienne dans ce petit royaume vassal du grand empire chinois, mais des communautés jeunes, ferventes, et désireuses de vivre l’intégralité de l’idéal de la vie chrétienne d’où elle tire toute sa fécondité. On dirait aujourd’hui qu’elles avaient le ferme désir de vivre les 5 essentiels de la vie évangélique : la prière, la vie fraternelle, la formation, le service des pauvres et le témoignage.
C’est en effet en 1784 que Yi Sung-hun, membre de la noblesse coréenne en ambassade à Pékin, se convertit à la foi catholique au contact des prêtres chinois, et aussi des écrits scientifiques et religieux du père Matteo Ricci[2], jésuite italien admis à la cours impériale au 17e siècle, devenu célèbre par sa fameuse mappemonde que le roi de Corée en 1708, fait lui-même copier[3] . Une infime partie de cette noblesse coréenne, assoiffée de vérité scientifique, philosophique et religieuse, telle les rois mages suivant l’étoile, choisit un jour sciemment de laisser de côté les sagesses confucianistes et bouddhiques jugées dépassées, afin d’embrasser la foi chrétienne plus moderne, au risque des persécutions naissantes.
Cette foi étant passée parmi le petit peuple des humbles, elle s’est propagée à travers tout un maillage de petites communautés locales et familiales, sans cependant le concours d’aucun prêtre étranger durant 50 ans, puisqu’il a fallu attendre l’arrivée des premiers missionnaires européens dont Pierre Maubant (1836) et l’ordination du premier prêtre autochtone en 1845 André Kim Taegon, martyrisé l’année suivante, pour que les sacrements du baptême et de l’eucharistie puissent être dûment célébrés en présence de ministres légitimement ordonnés. Et ce n’est pas le courage qui a manqué à ces premiers chrétiens de Corée pour réclamer de Rome, sous forme de lettres jusqu’en 1820, l’envoi de missionnaires.
St Pierre Maubant a donc découvert une communauté naissante mais déjà importante, capable de naître et vivre de la foi, capable de se nourrir de la parole et de l’expérience de la vie en Eglise à travers des communautés pauvres mais ferventes avant même d’être gouvernées par des prêtres, nourries par l’eucharistie et intégrées enfin à l’Eglise universelle. Pierre Maubant constate cette ferveur dans une lettre quelques jours avant son exécution : « …si quelque chose pouvait diminuer la joie que nous éprouvons à ce moment du départ, ce serait de quitter ces fervents néophytes que nous avons eu le bonheur d’administrer pendant trois ans, et qui nous aiment comme les Galates aimaient saint Paul. Mais nous allons à une trop grande fête pour qu’il nous soit permis de laisser entrer dans nos coeurs des sentiments de tristesse. » [4] Ainsi dans le coeurs de ces chrétiens, le bonheur à venir du Ciel suscite en leurs coeurs une foi toute transfigurée par la joie des béatitudes : « Heureux les pauvres de coeur, … heureux les persécutés pour la justice … car le Royaume des cieux est à eux. » [5]
Chers frères et soeurs, au moment de construire tous ensemble la nouvelle paroisse du Bocage, nous vous encourageons plus que jamais à continuer l’expérience des communautés de parole et de prière, le dimanche ou en semaine, avec ou sans vos chers prêtres, mais toujours avec leur encouragement et leur soutien. Ne vous souciez pas de la communion eucharistique systématique ! L’Eglise n’exige pas de communier sacramentellement tous les dimanches, mais d’être présents les uns aux autres, « en présentiel » et pas seulement devant « Le Jour du Seigneur » à la télé le dimanche, bien sûr dans la mesure du possible, et comptant sur la solidarité des plus mobiles en matière de co-voiturage, afin de vivre vraiment la communion de foi, d’espérance et de charité qui définissent d’abord une communauté chrétienne, en présence réelle. Ainsi en 2027, peut-être pourrons-nous accueillir dignement et sans rougir les jeunes pèlerins revenant de Corée, et répondre à la question du Seigneur : « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre du Bocage virois ? »
Père Benoît Duchemin
[1] Cf prière eucharistique.
[2] Voir à son sujet l’intervention sur la paroisse Saint-Ortaire en octobre 2013 du Père Georges Colomb, supérieur général des missions étrangères de Paris 2010-2016
[3] Paravent conservé aujourd’hui au musée de l’Université Nationale de Séoul
[4] ex office des lectures du sanctoral propre du diocèse de Bayeux et Lisieux , « Extrait de la dernière lettre de Pierre Maubant », 3 août – 7 septembre 1884
[5] Matthieu 5, 1-12
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